Rencontres avec des acteurs de l’agroécologie au Burkina Faso

Nous avons visité le Centre d’agroécologie de Béo Neere, près de Ouagadougou, l’un des trois centres accompagnés par Terre et Humanisme (TH) au Burkina Faso.

Le centre de formation en agroécologie de Gorom-Gorom, créé par Pierre Rabhi en 1983, a formé de nombreux stagiaires. Ils ont pu animé à leur tour des formations, surtout depuis 2003, dont a bénéficié Souleymane Belemgnegre, alors maraîcher. Suite à l’acquisition de ces compétences, il a décidé de créer un centre d’agroécologie avec l’aide de Terre et Humanisme (TH). TH n’a jamais perdu le lien avec les élèves des formations de Gorom-Gorom, dont Sylvain Korogo et Aplacé Comparé.

TH chapeaute actuellement les trois centres d’agroécologie burkinabés qui couvrent 12 régions burkinabés sur un total de 13 (sauf le Sahel situé à la frontière malienne). Ces trois centres sont constitués en Réseau Burkinabé d’Initiative Écologique (DRBIA). Ils ont formé avec 3 autres pays, le Réseau Sahélien des Initiatives Agroécologiques (RSIA).

Le gouvernement actuel burkinabé continue à soutenir l’agriculture conventionnelle en fournissant gratuitement des produits chimiques. Le centre d’agroécologie de Bio Neere est considéré comme acteur-ressource officiel (point focal) sur l’agroécologie.

Par ailleurs, le Centre cherche à former des des animateurs endogènes. La personne candidate devra s’engager à rester au village pour dispenser ce qu’elle aura acquis. La formation est essentiellement pratique, elle peut s’adresser tout aussi bien à des gens analphabètes avec des modules adaptés.

En 2018, Le centre d’agroécologie de Béo Neere, à travers ses 11 formateurs (dont 1 seule femme) a formé 875 personnes. C’est en augmentation constante.

Le jardin de l’Association Buud Nooma

Arrivés à Rouko, nous avons fait le point sur la situation du jardin. Le terrain a été occupé par des cultures maraîchères jusqu’à la saison des pluies 2018 relayé par le mil en culture zaî, seules deux familles ont renouvelé la production de légumes depuis la fin de la saison des pluies. Les femmes, notamment, ne sont plus présentes au jardin du fait de la pénibilité de l’arrosage manuel.

L’enjeu a été de remotiver les familles, et surtout les femmes, avec un nouveau cycle de formation sur l’agroécologie (fabrication de compost, paillage, pépinière, gestion de l’eau, travail du sol et différents traitements appropriés). L’objectif étant nécessairement de travailler et de faire avec les moyens dont disposent les jardiniers de l’Association Buud Nooma.

1 – Observer et dire « Bonjour » à la terre ». Comme tout organisme vivant, la terre boit et respire
A partir des productions en place, nous avons priorisé l’observation, et demandé qu’elle soit la première action à mettre en œuvre lors de l’arrivée au jardin, avant de prendre toute initiative. « Dire bonjour », c’est prendre de la terre, au pied des plantes, dans sa main pour apprécier la souplesse du sol et en sentir le taux d’humidité avec les yeux et les mains.

Ce travail d’observation permet de constater aussi l’état sanitaire des légumes (présences de termites et autre parasites, maladies éventuelles) et la suffisance du paillage. Ce n’est qu’ensuite qu’il faut prendre la décision ou non d’intervenir en arrosage, de travailler le sol et/ou effectuer un traitement. Nous avons pu ainsi démontrer la nécessité du paillage pour limiter les apports en eau mais aussi la battance du sol en intervenant ou pas.

2 – Installation d’une pépinière
Démonstration de travail du sol, tamisage du sol, arrosage fin, régulier et parcimonieux, fabrication d’une ombrière pour protéger les plantules du soleil.

3 – Fabrication de compost
Fabrication de compost en incorporant différents éléments (matières animales, matières végétales, cendre, plume, sable, feuilles de neem, cornes brûlées et broyées).

4 – Gestion de l’eau et paillage
L’eau, difficile d’accès et source de pénibilité, s’économise par la pratique du paillage. Une bonne couverture permet de diviser l’apport d’eau par 6. La paille permet la respiration du sol en limitant considérablement l’évapotranspiration. La lente décomposition de la paille contribue à l’édification d’une couche d’humus stable. Une bonne gestion de l’eau en plus d’éviter la battance permet de limiter les risques sanitaires (termites, maladies).

5 – Démonstration de mise en culture d’une nouvelle parcelle avec les femmes en respectant le sol et en facilitant le travail
Nous sommes à trois mois de la saison des pluies, le sol est sec, dur à travailler. L’utilisation de la paille et de l’eau, une bonne préparation du sol, et des outils adaptés sans retourner le sol permettent d’agir efficacement.

6 – Fabrication de traitements naturels
Savoir intervenir avec des matériaux naturels locaux (sauvages :neem- ou cultivés-ail, piment, gingembre ) pour faire face aux risques sur les productions.

7 – Suivi mensuel
Un suivi est mis en place par internet jusqu’à la saison des pluies pour suivre l’évolution du jardin, pour pouvoir répondre ensemble aux difficultés rencontrées, faire suivre des documents sur les extraits…